Django Main de feu / Salva Rubio, Ricard Efa


Couverture de l'album
    Django (Jean pour l’état-civil) Reinhardt, légende du jazz manouche, si l’on en croit cette biographie, a toujours su ce qu’il ferait de sa vie. A peine entré dans l’adolescence, après avoir découvert le banjo qui lui évita de mal tourner, il affirmait déjà : « Je suis le meilleur de la Zone. Enfin, de Paris. Peut-être même de toute la France(…) Je vais gagner beaucoup d’argent en jouant. Et après, je vais voyager dans le monde entier. Et un jour, j’irai triompher en Amérique. »
    Cette biographie illustrée consacrée à sa jeunesse s’appuie sur des archives présentées dans une partie de documentaire en fin d’album, et sur une grande admiration pour le musicien exceptionnel que fut Django. Fils d’un musicien et d’une danseuse, qui l’éleva seule avec son petit frère dans la Zone, couronne de bidonvilles autour de Paris, le petit garçon poussa comme une herbe folle, séchant l’école, dévoré par son besoin de jouer. Il écuma très jeune les bals musettes d’où il se faisait jeter régulièrement, jusqu’à ce que l’orchestre de son oncle accepte de l’entendre et décide de l’embaucher derechef. Ainsi commença sa vraie carrière de musicien, alors qu’il était à peine sorti de l’enfance. Sa vie prenait son envol lorsque, pour la première fois de sa carrière, il oublia son banjo dans le taxi qui le ramenait de son concert. La nuit même, sa roulotte fut dévorée par les flammes, peut-être à cause d’un mégot mal éteint jeté sur les fleurs en tissu synthétique que fabriquait Bella, sa jeune épouse enceinte. Django avait 19 ans, sa main gauche fut irrémédiablement brûlée par l’incendie… Le mariage sera rompu car les parents de Bella considéraient que Django n’aurait pas d’autre avenir que celui de mendiant.
    C’était compter sans la volonté farouche du musicien, qui se battit pendant des semaines pour se relever ses blessures, et reprendre la musique avec une guitare, moins raide que le banjo. Sans la volonté farouche de Naguine, avec qui il aurait du se marier et qui avait été écartée au profit de Bella. Django repris la musique, Naguine retrouva son amour, et le musicien poursuivit la carrière qui allait faire de lui une légende.

    L’ambiance charnelle restitue une épaisseur au personnage de ce musicien que tout le monde connaît, en le faisant vivre avec ses forces et ses faiblesses, et en animant autour de lui toute une galerie de personnages hauts en couleurs. Négros sa mère, Nin-Nin son petit frère, mais aussi tous les proches. Elle ouvre au passage une fenêtre sur la culture et les traditions manouches, emmenant le lecteur dans un univers chaleureux et parfois rude. Une belle biographie, pour les musiciens, et aussi les autres ! (LP et lycée).


Références :
Django Main de feu / Salva Rubio, Ricard Efa. Dupuis, 2020. 11,95 €. 978-21-0347-3632-4.